Au jardin avec soi-même

Le confinement est un mot abstrait qui prend mille et une significations. Le confinement en maison de campagne n’en est pas un, là où le confinement en appartement de HLM est une incarcération (enfermement). L’injustice est flagrante, mais elle ne sera pas débattue ici. Ce qui nous intéresse ici est la récurrence du mot « jardin » dans les commentaires. Cela va des intellectuels/écrivains qui décrivent leur confinement en maison individuelle, avouant leur chance d’avoir un jardin, aux interviews de citoyens lambda qui racontent qu’ils en profitent pour organiser leurs premiers semis, que ce soit à la campagne, ou dans une jardinière de terre cuite. Car même un balcon peut faire l’affaire. Ou des herbes aromatiques à la fenêtre. Au pire quelques centimètres carré de plantes vertes réunies en un jardin japonais assurent une « connexion avec la nature » selon l’expression consacrée, une oxygénation indispensable, possible même en appartement. Mais qu’il s’agisse d’un domaine de plusieurs hectares, d’un jardinet potager ou d’un arrangement intérieur, il est rare que ce petit bout de nature soit laissé naturel justement. C’est une nature le plus souvent domptée, maîtrisée (voire asservie).

Le paysage n’est pas libre (d’ailleurs la fabrique du paysage est un métier, c’est un savoir qui s’acquiert).

L’homme ou la femme qui organise son jardin ne peut réussir son ouvrage que s’il connaît et s’intéresse de près, aux plantes, aux herbes, aux essences, s’il en use avec respect. Une nature contrainte ou mal entretenue est assurément en souffrance, mais est également une souffrance pour les yeux.

Ainsi, si la nature s’organise très bien toute seule, l’on apprécie d’y mettre « sa patte », comme l’on dit « la patte de l’artiste », pour s’accaparer un peu de paradis, mais aussi tenter de le sublimer, y donner un éclat particulier et unique. Comme une œuvre.

Faire œuvre de son jardin.

L’organiser en plans, en espaces, en gammes colorées, en essences odorantes. La nature se débrouille très bien toute seule mais regardez un peu ce que moi j’en fait, et d’être fier de son ouvrage, et de se prendre un peu pour un dieu.

La peinture en extérieurs que favorisa l’invention du tube de couleur, et qu’apprécièrent tous les impressionnistes, conduisit Monet à rêver d’un jardin qui serait le reflet de ses toiles, et qui serait aussi à l’origine de ses toiles. Les deux se répondant en un va-et-vient incessant, avec Monet comme chef d’orchestre ou plutôt maître d’œuvre.

Il existe une histoire des jardins mais s’il en est un emblématique c’est bien celui que Monet créa pour son propre plaisir, à Giverny, pour faire œuvre et pour y puiser l’inspiration.

Jardin de Giverny. Crédits photos ©Contoursdelart

Mais le maître était libertaire et il soignait au sein de son jardin une nature luxuriante et ébouriffante. Une floraison haute en couleurs franches, qui prolifère encore et foisonne, et qui donna naissance à l’art abstrait. Plissez les yeux, écarquillez les yeux, ouvrez les bras, respirez et enfin regardez ! Vous ne verrez plus que couleurs, et lignes, matières et textures, plâtrée de verts, et pointillons de roses, traînées de violets sur lits de jaunes. Le pont japonais (vert franc) recouvert de glycines (mauves) qui enjambe les nymphéas (surfaces et taches) n’est pas qu’un exotisme. Les jardins japonais dont s’inspira Monet, sont des tableaux, parfois conçus pour n’être vus que d’un seul point. Qui parfois ne sont conçus que pour être vus.

Dans ces jardins là on ne pique-nique pas, on ne joue pas au ballon, on n’y perd pas ses enfants, ces jardins là ne se consomment pas. Ces jardins sont des lieux hors du commun, de l’ordre du spirituel. On y médite, on s’y ressource, on s’y élève. Des tableaux vivants, pour des êtres vibrants.

Dans son jardin, Monet n’a pas peint la nature, il y a peint ses humeurs, l’humeur des soirées fraîches, ou des matins colorés, l’atmosphère tiède d’après-midis d’été, et les ombres brumeuses du crépuscule de sa vie.

Les nymphéas, soleil couchant, Claude Monet.

On n’est pas confiné, quand on a un jardin, un balcon, ou même quelques plantes vertes. On est face à soi-même. Face à la nature de son propre être.

Alors à la fin du confinement, faisons œuvres colorées, achetons ou plantons ou offrons des tulipes (parmi les fleurs préférées de Monet), faisons vivre nos paysages intimes et visitons à nouveau des jardins.


Quelques liens pour approfondir :

https://musee-orangerie.fr/fr

http://fondation-monet.com/giverny/

Dans chaque région il y a des jardins exceptionnels à visiter, des jardins historiques ou botaniques, en voici quelques exemples :

https://jardins.nantes.fr/N/Jardin/Parcs-Jardins/Plus/120/Square-Ile-de-Versailles.asp

Le plus grand jardin japonais d’Europe : https://www.parc-oriental.com/

https://www.detentejardin.com/visites-de-jardin/10-jardins-japonais-a-visiter-en-france-4269

https://www.parcsetjardins.fr/jardins/carte

https://jardinage.lemonde.fr/dossiers-cat-2-tour-france-jardins.html

https://www.jardinsremarquables.fr/

Soin et santé grâce au jardin : http://www.jardins-sante.org/index.php

Dans un article à venir, nous évoquerons les jardins exceptionnels du domaine de Chaumont-Sur Loire :

http://www.domaine-chaumont.fr/fr

http://www.festivalinternationaldejardins.com/http://www.festivalinternationaldejardins.com/


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artiste auteure entre autres, pour me contacter : contact@contoursdelart.fr

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